Zone (Guillaume Apollinaire)

Cette semaine, découvrez ou redécouvrez le poème phare d'Apollinaire qui ouvre son recueil Alcools (1913) : "Zone". Le poète y popularise l'usage des vers libres, vers aux longueurs différentes et qui ne riment pas, des strophes irrégulières et l'absence de ponctuation. Il y représente un paysage marqué par l'industrialisation et la modernité. En voici un extrait :


Zone

Guillaume Apollinaire


À la fin tu es las de ce monde ancien


Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin


Tu en as assez de vivre dans l’antiquité grecque et romaine


Ici même les automobiles ont l’air d’être anciennes La religion seule est restée toute neuve la religion Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation


Seul en Europe tu n’es pas antique ô Christianisme L’Européen le plus moderne c’est vous Pape Pie X Et toi que les fenêtres observent la honte te retient D’entrer dans une église et de t’y confesser ce matin Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut

Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux Il y a les livraisons à 25 centimes pleines d’aventures policières Portraits des grands hommes et mille titres divers


J’ai vu ce matin une jolie rue dont j’ai oublié le nom Neuve et propre du soleil elle était le clairon Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent Le matin par trois fois la sirène y gémit Une cloche rageuse y aboie vers midi Les inscriptions des enseignes et des murailles Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent J’aime la grâce de cette rue industrielle Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l’avenue des Ternes



Pour découvrir le poème entier, c'est ici : Zone.

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