Comme je mourrai (Henri Michaux)

Cette semaine, je vous propose de découvrir un extrait du recueil de poésie Qui je fus (1927) du poète belge Henri Michaux. Abstraction, surréalisme, rêve ou cauchemar... Michaux brouille les codes de la poésie en prose.



COMME JE MOURRAI


Depuis toujours je cherche à remplir ma journée et aussi ma nuque à laquelle il manque tant de matière. Je l'avoue, je suis un creux fermé et quand je vois un précipice, attraction... hop !..., mais mon père qui me connaît est déjà derrière moi et me tient solidement par le poignet, au-delà de mon gant. Car, il le sait, je m'incline sur le vide avec un naturel... avec un grand naturel. Toute ma vie je serai ainsi, tombant ! Je tombe de la campagne dans la ville, je tombe du collège dans un bureau, d'un bureau sur un steamer qui va droit à Rio, je tombe d'un métier sur un autre et je tombe de mes dix-neuf ans sur mes vingt ans, et enfin, je suis toujours prêt à tomber d'un balcon. Cela est si naturel de tomber d'un balcon, il y a tant de maisons et de villas, tant de balcons et mon père ne sera pas toujours là pour me retenir par la manche. Ce jour fatal, souvenez-vous que j'avais tout prédit.

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